Petite pêche en vidéo

Rapport « Blue Charity Business » : l’arbre qui cache la forêt

On a beaucoup parlé ces dernières semaines du rapport « Blue Charity Business » publié par l’association Pêche et Développement » dénonçant un complot des fondations étasuniennes suspectées de vouloir faire main basse sur les richesses de la mer en imposant leur propre vision de la gestion/conservation des ressources halieutiques.

Qu’en est-il exactement : serait-il à ce point extravagant, voire scandaleux, que ces fondations finançent des ONG environnementales ou certaines initiatives allant dans leur sens ?

Que ces fondations fonctionnent avec un statut juridique américain est une réalité, cela n’enlève rien au fait que ce sont aujourd’hui des organisations d’envergure internationale. Et si une part significative de leur collecte de fonds provient d’Amérique du Nord, cela ne témoigne-t-il pas tout simplement de la plus grande prise de conscience, dans ces pays, des menaces qui pèsent aujourd’hui sur les ressources halieutiques mondiales.

Pêche et Développement évoque un sombre complot des forces impérialistes américaines. Quand le Quatar s’offre le PSG ou les galeries Le Printemps,viendrait-il à l’idée de quelqu’un d’invoquer un complot islamiste?

La mondialisation est partout, et le secteur des pêches n’échappe pas à la règle. Il ya 29000 ans, l’homme de Néandertal a laissé la place à l’homo sapiens pour n’avoir pas su s’adapter aux conditions d’un monde « nouveau » : prenons garde à ce que le pêcheur ne devienne pas le Néandertalien des temps modernes.

Le rapport du consultant Yann Giron est un bon rapport : il nous éclaire sur ces changements du monde, et nous invite à en tirer les leçons. Pour Alain le Sann, ces conclusions condamnent le pêcheur à s’inscrire dans une posture de victime. Tout au contraire, elle nous confirment  dans nos choix militants et galvanisent nos énergies!

Quant à la possible manipulation des organisations de petite pêche par ces ONG, il n’est pas démontré à ce jour que les pêcheurs souffrent d’un QI si faible qu’il ne leur soit pas permis de faire la part des chose, de penser par eux-même, d’avoir une réelle vision de l’avenir de leur métier et d’un milieu naturel marin dont ils sont totalement dépendants.

La grande faiblesse de ce rapport réside dans son parti pris hostile à l’égard des ONG environnementales : pour être exhaustif il aurait dû balayer l’ensemble des financements « occultes » de la filière.

La Coopération Maritime et notre Comité National des Pêches ont profité sans le moindre état d’âme des largesses de la fondation Total : devrions nous là aussi dénoncer un « Black » Charity Business permettant aux sociétés pétrolières de s’acheter une forme de paix sociale évitant le blocage des raffineries et leur offrant, une fois le temps, la possibilité de souiller nos côtes  en toute impunité?

Lorsque les géants de la distribution mettent sur la table 30 millions d’euros pour financer France Filière Pêche (presque autant que le budget pêche du gouvernement français), doit-on aussi évoquer une Charity Business « bleu blanc rouge » dont le seul objectif serait là aussi d’acheter une paix sociale permettant d’éviter que leurs vitrines de surgelés ne soient une nouvelle fois mises à sac par des pêcheurs en colère?

Lorsque ces mêmes consultants émargent sur des fonds de l’action catholique en Afrique francophone pour des missions de coopération technique, doit-on aussi parler d’un Charity Business aux parfums d’eau bénite?

Soyons sérieux, l’argent est le nerf de la guerre et nul ne peut s’en affranchir. Alors que sur les 20 dernières années, la pêche a perdu la moitié de ses effectifs, nos structures représentatives au niveau régional et national ont multiplié leurs effectifs par trois :  équation impossible à résoudre sans avoir recours à des financements extérieurs.

La question du financement ne s’est pas encore posée pour la Plateforme Petite Pêche qui, dans sa phase de lancement, a pu assoir son action sur le bénévolat et quelques soutiens amicaux. Cette question sera néanmoins rapidement posée, et nous l’aborderons là aussi sans état d’âme particulier.

Fini le temps où nous pouvions nous satisfaire de faire porter notre représentation par des techniciens ou des retraités de la pêche. Pour donner à nos revendications une vrai légitimité, il convient que les ambassadeurs de la pêche soient des pêcheurs en activité.

Nous aurons besoin longtemps encore de toutes les bonnes volontés, besoin des techniciens pour monter des dossiers solides, des retirés de la pêche pour organiser les pots de la SNSM, des syndicalistes pour traiter des conflits du travail, mais de grâce, laissons aux professionnels navigant le privilège de porter eux-même leurs représentation.

Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés! 

 

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