Petite pêche en vidéo

Ludovic Ogrodowitz, ligneur à Ouessant

Ludovic est pêcheur depuis 19 ans, ligneur depuis 12 ans. L’île d’Ouessant est son terrain de pêche, une zone jadis exceptionnelle, avec des fonds importants et baignée par de violents courants. Contrairement à la côte, c’est une zone « pélagique », où les gros bars règnent en maîtres.

A son installation, le bar ne souffrait pas… c’en était même « gavé ». Et pourtant, les anciens percevaient déjà des signes de diminution. Avec l’Association des Ligneurs de la pointe de Bretagne, ils avaient remué ciel et terre pour que les autorités régulent la pêche du bar… sans succès bien sûr, sinon nous n’en serions pas là.

De 2004 à aujourd’hui, Ludovic a vu ses captures de bar diminuer de plus de moitié, de plus de 5 tonnes par an à moins de 2 tonnes en 2015. Une chute « exponentielle » ! Et pourtant, il considère que sa technicité (leurres, électronique) a amélioré sa performance d’un facteur double, voire triple ! Et pourtant, là où, dans les eaux d’Ouessant, ils étaient onze ligneurs, ils ne sont plus que quatre, voire trois.

 

Les mesures de gestion du bar

Contrairement à d’autres ligneurs, l’augmentation de la taille minimale ne l’affecte pas particulièrement, car il ne recherche que les gros poissons, d’au moins 50 cm. Même le quota mensuel de 1.3 tonnes ne le pénalisera pas. Et pour cause, malheureusement, cela fait déjà longtemps que la ressource en bar ne permet plus de faire des mois à plus d’une tonne. A titre d’illustration, une bonne journée pour Ludovic, c’est trois bacs de bars, soit 36 kg… les pires, c’est rien, aucun bar et ce n’est pas exceptionnel. On est loin des tonnages des chalutiers pélagiques.

 

Ce n’est pas juste le bar qui disparaît, c’est toute la nature qui change

Sur l’eau aussi, tout a changé. Les chasses de fous de bassan ont quasiment disparu. Auparavant, les bancs de bars et autres prédateurs forçaient les sardines, lançons, sprats à rejoindre la surface,  et déclenchaient les « chasses », l’une des dernières techniques de détection du poisson 100% naturelle. Privés de cet outil formidable, faute de bars, les fous de bassan tirent la langue… ils vont même jusqu’à se jeter sur les entrailles de poisson, qu’ils dédaignaient quand les chasses étaient abondantes. Comme le dit Ludovic, « ce n’est pas juste le bar qui disparaît, c’est toute la nature qui change. Les oiseaux étaient nos yeux. Maintenant, eux  aussi vont payer les pots cassés ».

Dans ces conditions, Ludovic aussi songe à quitter le métier. Parce qu’en plus du déclin de la ressource, il faut subir les nouvelles règles administratives qui s’accumulent, en dépit du bon sens. Il a mis son bateau en vente cette année et se donne encore une saison, « pour voir ».

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