Petite pêche en vidéo

Témoignage de Jean-Pierre Dugauquier, ligneur à Boulogne/mer, à l’attention des décideurs français et européens

Boulogne-sur-mer, le 16/11/2015

 

L’Europe veut un moratoire sur le Bar

Et la disparition des petits bateaux ?

 

C’est avec stupeur que les pêcheurs français de la zone nord, apprennent  que l’Europe nous prépare pour 2016 un moratoire sur la pêche du bar, alors que nous avons déjà subi cette année une série de mesures techniques visant à protéger l’espèce.

 Depuis longtemps les petits bateaux demandent une gestion raisonnée du bar car beaucoup trop de monde s’y intéresse, mais de là à signer l’arrêt de mort de leur activité il y a un pas !  

L’Europe fonctionne de plus en plus avec des lobbyings puissants et les petits n’y auront bientôt plus leur place s’ils ne sont pas mieux représentés. On est bien placé à Boulogne pour le constater. Notre flottille est décimée alors que les Hollandais arrivent  avec de gros senneurs  flambant  neuf,  ils convertissent toute une série de bateaux à la pêche électrique bien plus productive, alors qu’elle n’est qu’expérimentale, bref tout ceci ne se fait pas sans le relais de puissants appuis  à Bruxelles. 

 

La pêche du bar est particulière, beaucoup  de bateaux  en pêchent un peu, notamment des plaisanciers, mais quelques professionnels en dépendent complètement comme les ligneurs dont c’est l’espèce cible, qui peut représenter jusqu’à  90 % des apports.   De nouvelles réglementations ont été adoptées récemment: limitations du nombre de captures pour les plaisanciers, création d’une licence nationale pour limiter le nombre de navires professionnels, quotas mensuel  avec limitation suivant le mode de pêche, augmentation de la taille marchande à 42 cm. L’application de ces mesures à des conséquences, le passage à 42 cm par exemple entraîne suivant  l’engin de pêche plus de rejets de poissons morts.  Avec un moratoire, les captures accessoires de bar seront –elles remises à l’eau en pure perte pour la ressource et les marins ?

La ligne, métier que je pratique depuis plus de 25 ans,  est  une pêche sélective à l’hameçon qui capture du poisson vivant  et permet de remettre à l’eau, en vie, les hors taille. Il n’y a pas mieux comme mode de pêche durable !  Nous ne sommes pas nombreux à pratiquer ce métier car c’est une technique peu productive qui privilégie la qualité à la quantité. Chaque poisson est étiqueté avec un label  ’’poisson de ligne’’ et a une forte renommée  en criée et auprès des consommateurs. Nous pensions  être à l’abri d’une interdiction concernant notre mode de pêche car il est reconnu par tous comme le plus respectueux de la ressource et de l’environnement, l’avenir quoi !

Nous ne sommes pas contre des mesures de gestion de la ressource,  au contraire, on demande depuis des années un arrêt biologique  pendant la période de reproduction du bar et un quota de pêche.  L’Europe  et nos responsables se réveillent un peu tard  et on agit dans l’urgence sans discernement pour en arriver à des situations ubuesque,  comme si on arrêtait les producteurs bio parce que les  gros céréaliers ont trop produit !  Plus d’une centaine de petits bateaux  sont directement  concernés et condamnés si cette interdiction de 6 mois  de la pêche du bar était imposée. La taille de 42 cm oblige déjà  certains à remettre à l’eau parfois la majorité de leurs prises, vivantes, en ce qui nous concerne.  Le remède va tuer le patient, du moins les plus vulnérables et qui ont le plus faible impact sur la ressource.

 Les mesures techniques concernant la préservation du bar doivent prendre en compte  l’impact  socio-économique qu’elles entraînent, c’est d’ailleurs bien spécifié dans les lois européennes  concernant la gestion des pêches.

 J’ose espérer que le bon sens prendra le dessus, que nos élus et responsables européens  prendront les décisions nécessaires,  pour faire adapter intelligemment  à la réalité, cette nouvelle proposition de loi communautaire.

                                                

 

Jean-Pierre Dugauquier

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