Petite pêche en vidéo

Un jour en mer…. à Groix avec Loïc Noiret

Loïc Noiret a 32 ans. Il habite Groix depuis 20 ans, où il exerce le métier de patron pêcheur depuis 2 ans, a 30 ans de plus que sa fille Louise, 2 ans de plus que sa femme, Pascale, et 4 de moins que son bateau, Ar Louedig, l’aîné de la famille donc…

Ar Louedig veut dire « petit gris » en breton… enfin, si le bateau n’est pas vraiment gris, il est en tout cas petit, 7,9 mètres, et d’un certain âge. Malheureusement, Loïc n’a pas pu toucher les aides à l’installation dédiées aux jeunes pêcheurs, car le bateau avait plus de trente ans… Une incohérence du système parmi d’autres, comme on le verra avec lui.

Ce mois de mai est exceptionnellement chaud, 25°C à 19h à l’arrivée à Groix… Loïc m’accueille au bar Le Mojo, avec une bière, fraîche, et bretonne bien sûr ! Le temps de faire mieux connaissance et de discuter de la pêche du moment. Justement, les derniers jours, la pêche était plutôt bonne, et Loïc espère faire encore mieux que les 20 kg de sole de la veille…

5 heures sonne l’heure du réveil… le temps d’avaler un café et Loïc se glisse dehors pour rejoindre son « bureau », à pied… Il y a pire en effet.

La zone de pêche de Loïc se nomme les Coureaux de Groix, qui séparent l’île du continent, entre la pointe de Pen Men et la pointe des Chats (dire ‘Chô’ avec l’accent local !). En peu de temps, Loïc a trouvé ses marques, sans problèmes de cohabitation avec les pêcheurs de Groix ou de Lorient. Les fileyeurs de Lorient, eux, vont dans le sud de Groix, plus poissonneux, mais trop loin pour Loïc… Et quant aux quelques caseyeurs de Lorient, il ne les gêne pas avec ses séries de 6 casiers..

Le temps de faire route vers la zone de pêche, Loïc nous explique plus en détail son activité. Il recherche la sole sur une bonne partie de l’année, de février à la fin de l’été environ. Tout en ciblant la sole, il capture également des crustacés et diverses espèces de poisson qui permettent d’enrichir l’étal de Pascale et de proposer aux Groisillons des espèces à différents niveaux de prix. Ensuite viendront les casiers à homards, une vingtaine de casiers en tout, soit très peu. Il tentera aussi un peu de bar et du lieu jaune à la canne. Et la ligne à maquereau aussi, quand ils sont là… Parce que depuis plusieurs années, les maquereaux se font rares, et leurs passages ne durent pas… A l’automne, il mettra quelques casiers à crevettes en complément. Et à l’hiver, il profitera des gros coups de vent et de houle pour poser quelques filets droits, pour prendre un peu de dorades, de bar ou de sole.

Ce jour, il va relever 4 séries de filets à soles et 2 séries de filets à raies. Les filets sont constitués de 5 ou 6 filets de 50 mètres de longueur soit des filets d’environ 300 m.

C’est la levée de la première série de filets à soles, qui est restée à l’eau une journée. Le regard est concentré vers le filet pour repérer les poissons qui arrivent, et le haveneau reste à portée de main pour assurer chaque poisson qui risquerait de se démailler avant d’être mis à bord… Lorsque les prises sont trop dures à démailler, il les laisse de côté afin de virer correctement l’ensemble de la série. Mettre à l’eau de petites longueurs de filet permet d’éviter un travail trop fastidieux de démaillage et garantit à la fois une qualité de poisson irréprochable et minimise l’impact sur le milieu.

A la deuxième série de filets, la bonne pêche tant espérée n’est pas au rendez-vous, alors Loïc décide d’annuler le marché du lendemain, le jeudi, de peur de manquer de poisson pour le marché du samedi, indispensable… Un coup de fil à Pascale, et il faut alors remettre en vivier les araignées préparées pour le marché, mettre un mot sur l’étal pour prévenir les clients et espérer que la suite de la sortie sera meilleure…

D’une certaine manière, le « modèle économique » d’Ar Louedig n’est pas uniquement centré sur la pêche mais bien sur le couple pêche-vente directe et donc sur le couple de Loïc et Pascal. En effet, ces derniers vendent toute leur pêche à Groix. Les marchés se tiennent aux halles les mardi, jeudi et samedi. Pascale se rend au marché à 8h30, et très souvent, tout le poisson est vendu en moins d’une heure ! Les habitués font parfois la queue depuis 7h30 pour être servis en premier. Avec 2000 habitants à l’année, les cinq pêcheurs de l’île ne suffisent même pas à satisfaire la demande.

Ici, pas de cours de criée, les prix varient très peu tout au long de l’année et les poissons moins prisés, mais néanmoins excellents, comme le grondin ou la vieille sont à 6€ seulement. Loïc essaye de s’adapter à la clientèle locale. Ses clients ont parfois peu de moyens mais ils sont connaisseurs et apprécient le poisson. Certains sont plus fortunés, et comme le dit Loïc : « Ceux là, quand ils voient la sole extra fraîche à 22 €, « ils hallucinent » !

 

Chaque série de filet est démaillée à l’arrière du bateau. Sur les trois premières séries, la pêche était mauvaise, alors Loïc décide de filer plus loin. Heureusement la dernière est meilleure et « sauve » un peu la journée. Le temps de filer la dernière série de filets à soles et c’est au tour des filets à raies.

La surprise du jour : une jolie langouste, qu’il démaillera avec soin et qui repartira grandir… en espérant que le prochain à l’attraper sera aussi respectueux que lui… A ce sujet, Loïc ne comprend pas pourquoi il n’est pas obligatoire de remettre à l’eau les femelles de homard grainées (avec des œufs), ni pourquoi la taille minimale du homard est si petite (8,7 cm ! soit un homard de 600 g à peine…).

 

Les soles du jour. Une dizaine de kg… un peu décevant par rapport à ce qu’espérait Loïc mais la journée est sauvée. Ces niveaux de captures peuvent paraître très modestes pour un bateau de pêche professionnelle, et très éloignés de certains « standards » de la profession. De toute manière, en tant que non détenteur d’une AEP, Autorisation Européenne de Pêche de la sole, Loïc est limité à 2 tonnes de sole à l’année, soit bien plus que ce dont il a besoin.

Il faut savoir que la valeur d’un bateau ne dépend pas seulement de sa valeur « matérielle » mais également de son « patrimoine » : PME pour Permis de Mise en Exploitation, l’autorisation nécessaire pour exploiter un navire de pêche professionnelle, Antériorités de quotas (qui permettront notamment d’adhérer à une Organisation de Producteurs) et AEP pour Autorisation Européenne de Pêche, soit la licence qui permet de cibler une espèce en particulier.

De même, Loïc a déposé une demande d’AEP thon rouge l’année dernière. Il ne lui faut pas grand-chose, quelques thons rouges par an, pour lui permettre de consolider son entreprise. Un chiffre dérisoire quand on pense aux 800 tonnes d’augmentation de quota qui a été décidée cette année et qui seront distribuées quasi-intégralement à une vingtaine de thoniers-senneurs industriels qui possèdent déjà près de 90% du quota français de thon rouge…

Les barbues du jour ! En réalité, plus que des raies, c’est surtout des barbues, ou mieux encore, des turbots, qu’espère remonter Loïc. Contrairement aux autres types de filets, les filets à raies (ou à lottes) sont des filets à très grandes mailles qui sont extrêmement sélectifs. D’après Loïc, même le « petit » barbue d’un kilo à droite de la photo n’aurait pas dû se faire prendre ! Ces filets sont donc laissés à l’eau plus longtemps, 3 jours.

Chaque barbue est soigneusement saigné. Cette manipulation permet d’obtenir une chair de qualité et évite de laisser les captures agoniser sur le pont…

Sur le chemin du retour, il reste une dernière « filière » de casiers à relever, quatre casiers, deux homards ! un bon ratio donc pour une journée de pêche qui finit bien mieux qu’elle avait commencé !

Finalement, avec ses 2000 mètres de filet et ses quatre casiers, Loïc a pu rentrer avec suffisamment de poisson pour faire vivre sa famille. On ne peut qu’admirer la symbiose entre ce couple de pêcheurs-poissonniers et l’île et ses habitants, véritablement à contretemps du modèle « pseudo-artisanal » imposé depuis des décennies contraignant les pêcheurs à pêcher toujours plus… A leur propre détriment, si on regarde l’évolution de la flotte de pêche qui a perdu plus de la moitié de ses bateaux en moins de 30 ans…

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