Petite pêche en vidéo

Avis scientifique pour le bar en zone Nord : entre girouette et roulette russe

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Le 4 juillet 2018

Le 29 juin 2018, le CIEM (Conseil International pour l’Exploration des Mers) en charge des avis scientifiques pour le compte de l’Union Européenne a publié celui concernant la pêche et la gestion du bar en zone Nord, soit les eaux situées au nord du 48ème parallèle, au niveau de la Pointe du Raz, Finistère.

Un avis en décalage total avec les précédents !

Alors que les avis des deux dernières années recommandaient un moratoire complet de la pêche du bar en zone Nord, l’avis portant sur les années 2018 et 2019 recommande des plafonds de captures de, respectivement, 880 et 1789 tonnes.

Malgré une baisse constante des captures depuis les premières mesures de gestion en 2014, la situation du stock Nord est toujours dans une situation dramatique, avec :

- Un recrutement (juvéniles de bar qui rejoignent le stock) en 2015 estimé très faible

- Une quantité d’individus adultes toujours sous le seuil critique dit Biomasse Limite, en dessous duquel la population est menacée d’effondrement (voir ci-dessous le graphe tiré de l’avis en question) !

Des incohérences et des inconnues pèsent lourd dans la balance…

Certainement la principale cause de ce revirement, la révision des captures de la plaisance de 2016 qui passent de 1627 tonnes à 216 tonnes, sous réserve d’un parfait respect des mesures par les plaisanciers. Cette révision est tout à fait compréhensible compte tenu des mesures de gestion en vigueur en 2016, mais l’évaluation des prélèvements de la plaisance reste malheureusement une inconnue qui pèse très lourd…

Les mesures de gestion des années 2017 et 2018 ont entraîné des rejets potentiellement importants pour les flottilles des chalutiers de fond et des fileyeurs. Inconnus pour l’année 2016, le niveau de rejets a été estimé à 162 tonnes pour 2017, 73 tonnes pour 2018 (suivant le scénario recommandé par le CIEM) et 144 tonnes en 2019. Dans la mesure où la majeure partie des rejets est constituée de prises commercialisables, l’augmentation des captures devrait, à priori, permettre de débarquer des captures accessoires auparavant rejetées.

De même, des captures pour la plaisance à hauteur de 80 tonnes sont relevées pour l’année 2018 alors que la pêche de plaisance du bar est TOTALEMENT interdite en 2018 !! Nous comprenons l’utilité de la modélisation pour l’évaluation des stocks, mais cela n’empêche peut être pas de garder ce qu’on appelle du bon sens !

De plus, il faut rappeler que de nombreuses inconnues subsistent : sur la délimitation effective des stocks de bar entre le golfe de Gascogne et le nord du 48ème parallèle, les niveaux de recrutement, les prélèvements de la plaisance ou encore les niveaux de rejets de la pêche professionnelle. En ce qui concerne la plaisance, il n’est plus possible que l’administration française ne soit même pas capable de connaitre le nombre de pêcheurs plaisanciers, ni les prélèvements d’une espèce aussi sensible que le bar.

Nous ne voulons pas jouer à la roulette russe…

Le stock de bar en zone Nord était dans les années 90 en apparemment bonne santé. C’était également le cas des ligneurs français, entre Audierne et Dunkerque, dont l’activité repose essentiellement sur le bar. En quelques années, la surpêche du bar sur les frayères par les chalutiers pélagiques a littéralement décimé la population, de bar et de ligneurs, qui sont aujourd’hui moribondes…

Si l’Union Européenne suivait ces recommandations pour l’année 2019, ce serait détruire en une année les nombreux efforts fournis par tous les pêcheurs, compromettre le rétablissement du stock et jouer à la roulette russe avec l’avenir des ligneurs de bar.

 



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