Petite pêche en vidéo

Le Parlement Européen débat de l’avenir des pêcheries à petite échelle dans l’UE

Le 23 janvier 2019, le Parlement Européen organisait une audition publique intitulée « L’avenir de la pêche artisanale dans l’Union Européenne » ou  plus exactement « The future of small-scale fisheries in the EU ». Un écart dans la traduction qui ne peut qu’inquiéter quand on connait la définition de la « pêche artisanale » pour l’administration et les structures professionnelles françaises. De même, la présence de Mr. Kai-Arne Schmidt, directeur de l’organisation allemande Kutterfisch-Zentrale Gmbh dont la taille moyenne des navires dépasse allégrement les 25 mètres ainsi que les amendements proposés par le rapporteur M. Gabriel Mato dans le cadre de la réforme du règlement FEAMP afin de détruire la définition européenne de la petite pêche artisanale (MOINS DE 12 m / ARTS DORMANTS) nous faisaient craindre une audition publique « manipulée »…

Nous avons eu tort… Les intervenants présents ont majoritairement défini un modèle de pêche artisanale à petite échelle, mettant en avant des navires de moins de 12 mètres pratiquant les arts dormants,  techniques de pêche respectueuses de l’environnement.

Mr. Gualberto Rita, président de la fédération des pêcheurs des Açores, s’est largement étendu sur la diversité de sa flotte, plus de 500 navires pour un archipel de 50 000 habitants, dont 87% de navires de moins de 12 mètres. Avec une caractéristique très forte, un taux d’emploi élevé sur les navires : 18 marins sur les navires de plus de 16 mètres, 4 marins sur les navires de moins de 9 mètres !

Ms Trudy McIntyre, pêcheuse irlandaise et présidente du Irish National Inshore Fisheries Forum, qui rassemble des navires de moins de 12 mètres, a présenté les problématiques auxquelles son segment fait face : interdiction de pêche du saumon, du bar (réservés à la pêche de loisir…), et de l’anguille, forte prédation de la part des phoques sur les filets notamment. Mme McIntyre a également cité les actions que son organisation met en place : fermetures de zones de pêche, récupération des déchets en mer etc.

M. José Antonio Pérez Sieira, President de la federation des cofradias de Galice, représentant 12 700 pêcheurs et 4300 navires pour une taille moyenne de 7 m et une puissance de 30 CV, a mis en avant les spécificités de leurs pêcheurs artisans : rayon d’action très limité, utilisation d’engins non préjudiciable à l’environnement. M. Pérez a dénoncé l’inadéquation du système des quotas avec la petite pêche et demandé que ce segment obtienne une dérogation.

Mr. Kai-Arne Schmidt, Directeur de la Kutterfisch-Zentrale Gmbh à Cuxhaven, Allemagne, a présenté les caractéristiques de la flotte allemande : 1338 navires, environ 1000 navires de moins de 12 mètres opérant en mer Baltique. Ce dernier a mis en avant plusieurs points : les labels écologiques « internationaux » sont totalement inadaptés à la petite pêche du fait de leur coût et leur complexité ; la petite pêche est un modèle de durabilité du fait des engins utilisés, en l’occurrence le filet maillant de fond, et de la qualité des produits mis sur le marché, issus d’une pêche du jour. Un discours qui a donc contredit en tout point nos inquiétudes, et tant mieux !

Enfin Mr Claudio Longo, pêcheur de la coopérative de Salento et représentant du groupe d’action côtier de Salento Adriatique dans le sud de l’Italie, a présenté la flotte de sa région : 1500 navires, exclusivement de moins de 12 mètres, avec un à deux pêcheurs à bord, utilisant des arts dormants dans un rayon d’action de 3 milles à la côte. Ce dernier a également présenté les initiatives que les pêcheurs réalisent : fermetures temporaires de zones de pêche ou limitation de la pêche à une sortie par zone et par pêcheur, avec des résultats très probants et une augmentation de la taille moyenne des poissons pêchés. Parmi les difficultés présentées par M. Longo : le besoin d’un mécanisme d’assurance permettant d’indemniser les pêcheurs en cas de prédation par les dauphins ou d’arrêts exceptionnellement longs imposés par la météo ; la nécessité d’un mécanisme de contrôle et de sanction PROGRESSIF suivant la gravité de l’infraction ; la concurrence déloyale exercée par la pêche de loisir ; le besoin pour les navires de petite pêche d’augmenter la puissance de leurs navires, non pour augmenter leur efficacité en pêche mais pour pouvoir se déplacer plus rapidement pour une meilleure sécurité.

En ce qui concerne les prises de paroles des députés, le bilan est plus mitigé… Certains, comme M. Ricardo Serrão Santos, ont défendu les positions de M. Mato, avec la possibilité de laisser les Etats définir eux-mêmes la petite pêche artisanale. D’autres ont mis en avant le fait de distinguer les engins de pêche mis en œuvre dans la définition de la petite pêche artisanale. Mme Ulrik Rodust a défendu l’idée de réserver des quotas pour la petite pêche ou encore le fait d’aider les pêcheurs à l’acquisition d’engins de pêche sélectifs au moyen du FEAMP.

Bien entendu, la filière halieutique européenne ne se limite pas à la petite pêche artisanale, et aucun des intervenants présents n’est allé dans ce sens. Le terme « artisanal » a été largement manipulé par bien des acteurs et son utilisation généralisée aussi bien pour des fileyeurs de 12 ou 16 mètres que pour les chalutiers de 25 mètres pose question. Mais il est nécessaire de fixer un cadre clair et précis au niveau européen comme au niveau des Etats afin que la petite pêche soit correctement préservée à l’avenir. En synthèse, les intervenants ont établi de façon assez homogène une définition tout à fait fidèle de la petite pêche artisanale à la réalité des pêcheries européennes : des navires de moins de 12 mètres, mettant en œuvre des engins dormants : ligne, filet, casier, pratiquant des sorties à la journée, dans un rayon d’action relativement limité. Espérons que les députés européens auront entendu le message.

Comments are closed.