Petite pêche en vidéo

Les fonds européens ne doivent pas encourager la pêche intensive

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Le 4 novembre 2019

Les européens sont-ils frappés d’amnésie ? Députés, ministres, lobbies de la pêche intensive, tous ont réclamé le retour des subventions qui ont fait tant de mal à notre secteur par le passé :

-          Subventionner la construction de navires,

-          Tout en subventionnant la casse des navires….

Alors effectuons un petit retour en arrière… Années 80, l’argent public européen coule à flot, et « accompagne » la transformation et la modernisation du secteur. Les plus petits bateaux sont mis à la casse  pour en reconstruire de nouveaux, plus gros, plus puissants, plus « modernes ». Résultat de cette « Croissance Bleue » : la flotte française est passée de 11 660 navires en 1983 à 5 739 en 2017, le nombre d’emplois à la pêche s’est lui aussi écroulé, et surtout, un accroissement phénoménal de l’effort de pêche, et donc une surexploitation massive et catastrophique des ressources halieutiques…

Moins de poissons… pour toujours autant de navires. C’est le début de la crise de la pêche du milieu des années 1990. Le poisson ne vaut rien, les pêcheurs sont à bout et manifestent leur colère. Rungis est saccagé, les pêcheurs sont gazés, matraqués, le Parlement de Bretagne prend feu… C’est un tournant pour la pêche française.

La fin d’une époque, mais pas des mauvaises habitudes. On continue de subventionner, pour casser des navires mais aussi, et encore, pour en construire. On atteint le sommet du ridicule avec la situation du thon rouge en Méditerranée dans les années 2000. De nombreux armateurs reçoivent des millions d’euros de l’Europe pour construire des navires industriels flambants neufs. Vous connaissez la suite : surpêche, quasi effondrement du stock de thon rouge, mesures d’urgence, et plans de sorties de flotte (subventionnés bien sûr)… le tout en moins de dix ans !

« On n’est plus dans les années 90, les pêcheurs sont responsables (maintenant) ! »

Voilà ce que l’on pourrait nous répondre. En effet, le secteur de la pêche a changé. A taille et puissance de navire égales, les équipements n’ont cessé de progresser : hydraulique, fibres techniques, sondeurs, sonars etc. La montée en puissance de la senne danoise (subventionnée…) en France fait déjà des ravages en mer, alors imaginez la suite avec le retour des subventions.

Subventionner la construction et la transformation de navires de pêche jusqu’à 24 mètres se traduira inéluctablement par un accroissement de l’effort de pêche de ces navires, au détriment de tout le reste de la flotte, et en premier lieu la petite pêche côtière.

Le 12 novembre prochain, le parlement européen aura à prendre une décision cruciale concernant la Politique Européenne des subventions à la pêche. S’il décide d’entériner les positions du précédent Parlement et du Conseil des ministres, une menace extrêmement grave pèsera non seulement sur les ressources halieutiques mais également sur l’ensemble du secteur en Europe.

Ce dont notre secteur a besoin, c’est d’une mer en meilleure santé avec des stocks de poisson abondants. C’est d’une flotte de pêche riche et diversifiée, qui préserve nos emplois, et non les profits des armements les plus riches, ce que ne manquera pas d’entrainer cette nouvelle ruée vers les subventions.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une véritable transition énergétique pour affronter les défis du futur… Mais malheureusement ce n’est pas cette vision de l’avenir qui transparait chez nos politiques, mais plutôt les intérêts et les profits à court terme…

La proposition initiale de la Commission Européenne qui se bornait uniquement à soutenir l’installation des jeunes pêcheurs et mettait l’accent sur la protection de la petite pêche artisanale était cohérente et à mille lieux du funeste destin que sont en train de nous préparer les lobbies de la pêche intensive.

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