Petite pêche en vidéo

Demande de rencontre d’un collectif de pêcheurs artisans auprès de Madame la ministre

A l’attention de Mme Annick Girardin

Ministre de la mer

 

Le 25 septembre 2020

 

Objet : Demande de rencontre d’un collectif de pêcheurs artisans auprès de Madame la ministre

 

Madame la ministre,

Notre collectif regroupe un ensemble d’associations, de structures professionnelles représentatives regroupant des marins pêcheurs opérant sur des navires dits de petite pêche, soit des navires de moins de 12 mètres. Représentant plus de 80% de la flotte de pêche française et européenne, et la moitié des emplois à la pêche, nous déplorons que les enjeux touchant notre segment soient largement sous-estimés par la politique française et européenne des pêches. A l’heure où les menaces sur nos mers et nos océans, et donc sur notre métier et notre écosystème, s’accumulent chaque jour un peu plus, il manque une vision et un cap stratégique qui pourraient nous permettre d’envisager l’avenir avec sérénité.

En premier lieu, nous déplorons la non-application du règlement actuel de la Politique Commune des Pêches dans ses dispositions visant à soutenir la petite pêche notamment par son article 17. Par exemple, certains de nos adhérents ont émis le souhait de diversifier leurs captures et de pratiquer une pêche ciblée à la ligne du thon, thon germon ou thon rouge, et ceci dans des limites de captures extrêmement raisonnables, n’excédant pas quelques tonnes. Ces derniers se voient quasi systématiquement refuser l’accès à cette ressource, alors que dans le même temps, des navires hauturiers conservent de façon exclusive l’intégralité des quotas disponibles.

Depuis plus de 50 ans, la France a fait le choix d’une industrialisation croissante de l’« exploitation » des ressources halieutiques. Que penseraient nos grands-pères des nouvelles technologies installées sur des navires, pas toujours plus grands, mais toujours plus performants ? Avec quel dégoût regarderaient-ils les nouveaux chalutiers équipés de SENNE DANOISE réaliser en UN jour le tonnage qu’un chalutier hauturier « classique » réalise en une campagne de 10 jours ? Pire encore, comment pourraient-ils imaginer que nous aurions été capable d’imaginer, de construire, d’exploiter des navires géants, de plus de cent mètres, dont une seule campagne de pêche prélève des milliers de tonnes de poissons soit l’équivalent du tonnage annuel d’une criée !?

Ceux qui restent assistent aujourd’hui à la lente agonie de notre secteur. Celle des fileyeurs des Hauts de France qui ont subi l’intensification exponentielle de l’effort de pêche en France et en Europe, avec comme point d’orgue, la croissance de la pêche électrique durant ces dernières années. Celle des ligneurs de Manche qui ont subi le bilan dramatique de la gestion du bar sur la dernière décennie et qui laisse, malgré les mesures relativement favorables aux ligneurs, une flotte de ligneurs bretons et normands exsangue et absente des radars des instances professionnelles et de l’administration, pour lesquels AUCUNE AIDE n’a été proposée, si ce n’est celle de partir, quitter un métier qui représentait tout pour eux. Celle des petits métiers de Méditerranée, de plus en plus isolés et désunis face à la multiplication des contraintes, des difficultés d’accès et de gestion de leurs pêcheries polyvalentes. La Méditerranée où la France, l’Union Européenne (UE) et la Commission Générale des Pêches pour la Méditerranée (CGPM) affichent depuis plusieurs années une volonté politique commune de soutien en faveur de la durabilité des pêches à petite échelle[1], mais pour l’instant, non suivie d’effets.

Ajoutons à cela, l’inquiétude extrêmement forte des pêcheurs quant aux conséquences du buldozzer « Energies Eoliennes » qui est en train de se mettre en place, quant aux conséquences « en chaîne » qu’entrainerait un BREXIT dur sur la petite pêche et sur la ressource, que ce soit sur l’effort de pêche dans nos zones d’activité, sur la gestion du bar en Manche par exemple, et bien sûr, en bruit de fond, le changement climatique auquel nous assistons déjà et son cortège d’impacts sur les écosystèmes et sur notre métier.

Ajoutons-y enfin la question de la pêche de loisir dérégulée, avec des plaisanciers qui parfois narguent les professionnels en capturant autant, si ce n’est plus, de poissons qu’eux, et ceci en toute légalité. Ou bien qui disposent de nombreuses autorisations de pêche du thon rouge quand nos pêcheurs n’ont le droit qu’à des miettes ?

Dans cet avenir bien sombre, nos pêcheurs disposent toutefois de solutions. Bien loin de revendiquer des relations antagonistes avec les navires de plus de12 mètres, ils souhaitent mettre en avant une meilleure cohabitation entre navires et entre métiers, ils souhaitent saisir les opportunités que peuvent nous offrir les situations de crise, comme celle que nous vivons actuellement. Mais ils ne le pourront qu’avec un soutien politique fort, et indépendant.

Nous espérons que vous répondrez favorablement à notre demande de rendez-vous

Veuillez recevoir, Mme la Ministre, l’expression de nos plus respectueuses salutations.

 

La Plateforme Française de la Petite Pêche Artisanale  - Contact : Ken Kawahara / : 06.25.10.32.95

L’Association Pleine Mer  - Contact : Thibault Josse / 06.29.10.47.76

Le Comité Départemental des Pêches et des Elevages Marins du Var  - Contact : Pierre Morera / 06.61.63.19.08

Le Comité Départemental des Pêches et des Elevages Marins du Nord – Contact : Frédéric Drogerys / 06.86.76.28.82

Le Syndicat des Petits Métiers d’Occitanie (SPMO) et le GIE GOLION

Manuel MARTINEZ – Président SPMO / Jimmy RODRIGUEZ – Président GIE GOLION / Bertrand CAZALET – Secrétaire

104 av. Adolphe Turrel – 11210 Port la Nouvelle / Tél : 06 13 29 51 40 (secrétaire) / Courriel : petitsmetiers18@gmail.com

Les fileyeurs des Hauts de France  - Contact : Stéphane Pinto  – vice-président du Comité Régional des pêches des hauts de France  / Tél : 06.11.96.09.74

L’union des prud’homies de Méditerranée / la Prud’homie des Patrons Pêcheurs de la SEYNE/ST MANDRIER – Contact : Didier Ranc / 06.14.31.17.01



[1] Déclaration Ministérielle de Malte du 26 septembre 2018 et son Plan d’action régional pour la pêche artisanale en Méditerranée et en mer Noire (PAR-SSF).

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