Petite pêche en vidéo

Polyvalence

 Les pêcheurs rassemblés autour de la Plateforme de la Petite Pêche Artisanale Française réclament que soit prise en compte de leur nécessaire polyvalence.

La petite pêche artisanale rassemble une grande diversité de communautés littorales, de pratiques de pêche ou encore d’espèces capturées, mais qu’il soit à bord d’un pointu méditerranéen, d’une saintoise antillaise ou d’un petit côtier breton, le pêcheur artisan doit avant tout son salut à sa polyvalence.

 C’est l’expérience des gens de terrain qui a, au fil des années, dessiné un équilibre délicat entre écosystème marin et rentabilité économique de l’entreprise tout en essayant que les deux soient durables.

 Ici, la durabilité n’est pas un vain mot. Les choix et les stratégies de pêche ne sont pas réfléchis pour faire un coup financier, pour un retour sur investissement extrême et à court terme – la fameux « boom and bust » anglo-saxon.

 La petite pêche artisanale dépend du territoire dans laquelle elle a lieu, ses pêcheurs ne pouvant pas partir plus loin en cas de diminution des ressources. C’est la grande différence qui la sépare de la pêche productiviste, très financiarisée, développant toujours ses capacités techniques et agrandissant son champ d’action jusqu’à couvrir tous les océans…

 La petite pêche artisanale s’entend comme la gestion d’un verger et il ne viendrait pas à l’esprit de l’agriculteur de couper le pommier pour en récolter ses fruits. Il en va de même sur la mer, celui dont la subsistance dépend de la santé de l’écosystème côtier va en prendre soin et ne va pas le voir comme un coffre-fort à vider le plus vite possible.

 Cette dépendance forte au territoire a poussé ses acteurs à développer une multitude de techniques afin de s’adapter aux différentes espèces présentes sur leur territoire suivant les saisons. Ainsi, ils peuvent vivre de la pêche sans mettre en danger les si sensibles équilibres du milieu et sont en mesure de réagir si un problème survient brutalement sur une espèce.

 Malheureusement, la philosophie de la petite pêche artisanale ne correspond pas au courant dominant de notre époque. Dans les 50 dernières années, un grand pan de la profession a fait le choix du toujours plus, en agrandissant les navires, en démultipliant les capacités de pêche grâce aux rapides progrès techniques et en investissant l’océan toujours un peu plus loin, bien aidé en cela par des politiques publiques finançant une grande part de ces projets.

 

Aujourd’hui, la Politique Européenne de la Pêche est calquée sur cette pêche industrielle ultra spécialisée. C’est pour ça qu’elle est basée sur la gestion par quota d’espèce et qu’elle tente de cantonner par ses mesures techniques, la diversité des engins de pêche.

 La petite pêche artisanale a choisi de ne pas succomber aux sirènes des finances publiques et de rester à taille humaine, adaptée à son environnement. Mais aujourd’hui elle est victime d’une part d’une politique européenne calquée sur la pêche productiviste et d’autre part des erreurs commises par d’autres – diminution des ressources et compétition dans la bande côtière avec de grandes unités qui, faute d’abondance au large, se rapprochent de la terre.

 L’importance de cette polyvalence doit enfin être prise en compte et protégée par les politiques publiques, il en va de la survie de la petite pêche artisanale et des communautés littorales qui en dépendent.